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Nous avons (presque) tous pris conscience, depuis une vingtaine d’années, de la nécessité de préserver la biodiversité de notre planète. Les écologistes, mais plus encore les scientifiques, nous ont fait comprendre que ce n’était pas seulement une question d’esthétique ou de morale, mais qu’il en allait de notre survie. Notre écosystème terrestre a besoin de toutes ses composantes – minérales, végétales, animales – pour rester en équilibre et se perpétuer. Que disparaissent les bambous, et les pandas ne peuvent plus s’alimenter. Que meurent les abeilles, sous l’effet d’un insecticide agricole, et c’est non seulement le miel qui viendra à manquer, mais nombre de fleurs ne seront plus pollinisées et ne pourront plus se reproduire. La dynamique de la vie tient dans ses interactions entre ses différentes formes. N’en va-t-il pas de même pour nos sociétés ? L’histoire nous enseigne que les sociétés qui se sont fermées, repliées sur elles-mêmes, qui ont refusé les différences, ont toutes fini par disparaître, finalement absorbées par ceux qu’elles rejetaient. Au contraire, les sociétés ouvertes – ce qu’ont été, jusqu’à présent, nos sociétés modernes – ont trouvé dans cette ouverture les ressources nécessaires à leur développement, à leur créativité. La dynamique de la vie sociale, comme celle de la vie biologique, dépend de la multiplicité des rencontres entre tous ceux qui la constituent, de la variété des apports de ceux qui la construisent. A nous, humains, la « sociodiversité » nous est aussi indispensable que la biodiversité pour la planète.
Nos entreprises sont elles-mêmes des microsociétés. Elles sont au carrefour d’intérêts, de logiques et de cultures totalement diverses. Comprendre ceux (salariés, clients, fournisseurs, partenaires ou interlocuteurs) qui sont porteurs d’autres cultures, d’autres modes de pensée et qui agissent selon des logiques et pratiques différentes, représente un des enjeux les plus importants pour les dirigeants d’aujourd’hui, dans un contexte de globalisation des échanges. Il s’agit, à ce niveau, de la survie économique de nos entreprises. Forte de cette conviction, j’ai dès le début placé mon mandat sous le thème de la diversité. La mondialisation, c’est-à-dire l’internationalisation de nos entreprises et de nos marchés, nous demande, en effet, de mieux comprendre les différences et de savoir mieux travailler et vivre avec les autres. Commençons donc à le faire chez nous. N’est-ce pas d’ailleurs le rôle du chef d’entreprise que de faire travailler ensemble des gens du marketing et de la communication, la production avec les commerciaux, des universitaires avec des ingénieurs, des administratifs et des opérationnels, toutes personnes dont les logiques sont souvent opposées ? |
Nous avons été rapidement rejoints, dans nos prises de position, par une actualité sociale qui nous a montré à quel point il y avait en France, et en particulier dans les entreprises, une rupture dans l’accueil de la diversité. Qu’est-ce que cela veut dire ? Que l’entreprise n’a pas suffisamment pris conscience qu’elle dépend, elle aussi, de la multiplicité de ses interactions avec son environnement. Dès lors, elle devient source d’exclusion pour de nombreuses catégories de la population : les jeunes, les seniors, les femmes, les handicapés, les personnes issues de l’immigration, etc… Plus par passivité, que par volonté délibérée. Nous allons au plus simple, et le plus simple, c’est de recruter des gens qui nous ressemblent. Certains peuvent se demander en quoi cette problématique d’exclusion nous concerne, nos entreprises n’ayant pas vocation à régler tous les dysfonctionnements de la société. A ceux là nous pouvons répondre que, d’un strict point de vue juridique, en cas de plainte d’une personne qui se sentira rejetée, les entreprises vont devoir justifier de ce qu’elles ont mis en place pour éviter les discriminations. Il y a en effet, désormais, renversement de la charge de la preuve.
Enfin, et cela me semble l’argument le plus essentiel, nous nous privons d’une grande variété de talents au moment même où certains secteurs ont du mal à embaucher et où nous ressentons que la diversité peut-être une source d’innovation et donc de richesse. Ce manque d’ouverture est mauvais pour l’économie de notre pays et pour nos entreprises.
Et puis, si l’on en vient au plan personnel, ne sommes-nous pas « faits du bruit des autres », pour reprendre la belle formule du metteur en scène Antoine Vitez ? Nous sommes forgés par nos rencontres. Et ceux qui nous ont le plus apporté sont souvent ceux qui nous paraissaient les plus éloignés de nous. Ils nous ont fait grandir parce qu’ils nous obligeaient à changer notre regard et nos grilles de lecture, parce qu’ils nous montraient le monde autrement. La diversité est une chance et, cela tombe bien, elle est partout dans la nature, elle est naturelle, elle est la vie. Sachons simplement la reconnaître comme une valeur pour nous-mêmes, pour nos entreprises et pour la société.
Françoise Cocuelle, présidente nationale du CJD 2004-2006 |